SNCF : les Intercités bientôt privatisés ?

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Certains journalistes spécialisés ont vendu la mèche. La Commission Duron, chargée d'établir un rapport sur  l’avenir des trains Intercités, serait favorable à l’arrivée de la concurrence. Comme au sujet de la rentabilité des TGV, cette position ne semble pas relever du hasard mais d’une large convergence de vue vers une même finalité : réduire les déficits en réduisant l’offre SNCF, et peut-être obtenir de réelles subventions pour maintenir l’offre préservée. Pour sa part, la SNCF en a assez de financer sur ses deniers 93 % des déficits de ces « Trains d’Equilibre du Territoire ». A raison : aucune société privée n’aurait accepté d’en faire autant. Tandis que le Gouvernement affiche clairement  la couleur avec la Loi Macron : l’avenir du TET, c’est le car. Pour leur part, les Régions, qui ont énormément investi dans la remise à niveau des TER depuis une quinzaine d’années, semblent gênées. Mais personne ne veut payer.

 

L’association des Régions de France exprime ses inquiétudes et sa vigilance. Certains élus locaux redoutent un « scénario noir de démembrement ». Nombreux sont ceux qui pointent les réductions de l’offre subies et à venir et mettent en cause la piètre qualité du matériel roulant. Jacques Auxiette, président de la Région Pays de la Loire affirme « tout le monde le sait, la SNCF a une petite idée sur l’avenir. L’enjeu, c’est de supprimer plus de la moitié des lignes TET ». Et de réclamer que le Parlement se saisisse « sans démagogie » de la question de l’ouverture des lignes concernées au secteur privé. L’association Villes de France, qui regroupe des agglomérations de taille moyenne, revendique elle aussi la possibilité de recourir aux appels d’offre avant 2019, date butoir fixée par la directive européenne.

 

Selon de nombreux élus, la survie de ces quarante lignes, qui contribuent à l’irrigation du pays, serait donc en partie tributaire de leur privatisation. La quasi-totalité des décideurs semble donc s’accorder si ce n’est sur le sacrifice de ces lignes, au moins sur transfert aux opérateurs privés. Tout cela en faisant fi d'ignorer pour l'instant les perspectives offertes par la loi Macron. La mise en oeuvre de liaisons de cars longues distances est décidée, même si  la question sur la distance minimale autorisée n’est pas tranchée : 100 km ? 200 km ? Selon le cas, les TER pourraient eux-aussi être plus ou moins impactés par la concurrence routière. Tandis que pour les TET, les cars risquent de sonner le glas des relations ferroviaires avant même leur éventuelle privatisation.

 

On le sait, dans les domaines économiques, et a fortiori écologiques, l’autorégulation des marchés, ça ne marche pas. Les amuse-bobos tels que Grenelles de l’environnement l’ont démontré : sans règle, sans contrainte, sans investissement, point de rééquilibrage des trafics vers les moins polluants. Le libéralisme, plébiscité par l’Europe et soutenu par la France, est responsable de la disparition de plus de 10 000 emplois à Fret SNCF. Le trafic marchandises s’est effondré, et plus du tiers de ce qu’il reste sont assurés par des entreprises privées souvent étrangères. Les frais fixes de maintenance des lignes, auxquels contribuaient les trains de fret, ont été reportés sur les TER et autres TET, faisant exploser la facture ou compromettant directement l’avenir de certaines  voies.  Moins de trains sur une ligne, c'est une menace qui pèse sur l'ensemble des circulations qui l'empruntent.

 

L’histoire va-t-elle se renouveler ?  Macron annonce que sa loi générera 22 000 emplois. Des emplois de quel niveau social, sous quelle législation, offerts aux salariés de quels pays ? Les routiers français n’effectuent presque plus de trafics internationaux. Trop chers, ces français payés deux fois plus que certains homologues européens ! Alors ces bus de la concurrence, ils seront assurés par qui ? Par une filiale de la SNCF, par Eurolines (Transdev), ou par FlixBus, une startup allemande très présente outre-Rhin et  qui ne cache pas son ambition d’être  aussi « leader sur le marché français » ?

 

Les 22 000 emplois espérés sont à placer en regard des milliers d’embauches promises dans le cadre de l’ouverture du fret ferroviaire à la concurrence… En réalité, 10 000 emplois à statut perdus, quelques emplois gagnés dans le secteur privé, des milliers de tonnes transférées sur route et pour partie transportées  par des entreprises étrangères avec des salariés étrangers. Belle réussite !

Et si, avant d’évoquer les déficits des TET, certains s’étaient réellement attachés à en identifier les causes ? Le TER a dû son essor à l’amélioration de l’offre et au renouvellement du matériel roulant. Tandis que les  TET ont été délaissés lorsque leurs dessertes n’ont pas été délibérément sabotées.

Quant on veut tuer son TET, on lui refile la rage !

 

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