SNCF : KESKISPAS FiRST 010216

 

 

L'actualité ferroviaire analysée par FiRST

SNCF Brétigny : les cheminots sur écoute

 

La semaine dernière, le Canard Enchainé relatait des extraits des écoutes effectuées par la justice au lendemain de la catastrophe de Brétigny. Les propos tenus par téléphone par un cheminot, au sujet de la qualité de la maintenance réalisée par ses homologues, avaient de quoi interpeler : « Brétigny, c’est des crevards. Faut tous les foutre dehors ». De même que la manière d’édulcorer certains points de vue. Ainsi, une installation « pourrie » devient un appareil « à régénérer », après briefing des agents par leur hiérarchie. Un avocat d’une partie civile évoque « les mensonges et l’obstruction » de la SNCF qui réplique que lors de leurs audition par la police, « les salariés auditionnées par les juges sont totalement libres de leurs propos ». La SNCF s’est-elle cantonnée à livrer de simples conseils juridiques à ses salariés ou a-t-elle effectivement tenté de manipuler l’enquête ? A la justice de le déterminer.

Toujours-est il que les principales causes de l’accident ont été établies : c’est bien l’état de vétusté (délabrement pour reprendre les propos d’un rapport officiel) de la jonction incriminée qui est à l’origine de l’accident. Plus globalement, l’état de vieillesse du réseau classique est connu de longue date, et attesté par deux rapports indépendants. Par ailleurs, il est établi que malgré les investissements récemment consentis, l’âge moyen de certaines installations continue d’augmenter. La SNCF est bien sûr au courant de la situation, de même que l’Etat, seul « actionnaire ». Sauf que la SNCF est contrainte de faire coller ses discours aux orientations de la tutelle…

Si les écoutes peuvent révéler un double langage, il serait bon de pousser l’analyse jusqu’au bout. Lorsqu’au plus haut niveau, les dirigeants affirment que la sécurité est une valeur essentielle de la SNCF, tout en sachant que les fonds alloués à la maintenance du réseau sont insuffisants, n’y a-t-il pas double langage ? Lorsque les effectifs en place ne permettent plus d’assurer correctement la veille et les interventions sur les voies supportant les plus gros trafics voyageurs, et que l’on affirme à l’extérieur que la priorité est donnée au réseau classique, n’y a-t-il pas double langage ? Lorsque la réforme du système ferroviaire fait porter à seule la SNCF la dette d’un réseau ferroviaire ouvert à la concurrence, et que ses dirigeants affirment qu’avec quelques économies et des gains de productivité, la problématique du financement du réseau serait réglée, n’y a-t-il pas là un mensonge éhonté, que des écoutes téléphoniques n’ont guère besoin de confirmer ?

 

La polémique lancée par le Canard jette sans doute un pavé dans la marre… mais elle bloque, indirectement, les investigations au milieu du gué. S’il est effectivement important de connaître l’état exact des installations incriminées, par ailleurs déjà décrit sans concession dans certains rapports, il serait dramatique d’en rester là. Les cheminots ont sans doute été les premiers à tirer le signal d’alarme, à Brétigny et ailleurs. Dans toutes les instances de représentations, leurs représentants ne cessent de réclamer les moyens, humains et matériels, pour pouvoir accomplir leurs tâches dans de bonnes conditions… et se heurtent à un mur. Sur le terrain, ils sont pris entre le marteau et l’enclume, confrontés à des objectifs toujours en hausse et des moyens toujours en baisse. Et si par malheur, il arrive quelque chose, c’est eux qui figurent en première ligne.

 

Si la maintenance de Brétigny avait pu être effectuée correctement, jamais un tel accident n’aurait pu survenir. Les installations n’auraient ni été « pourries », ni « à régénérer », mais tout simplement dans un état d’usure normal, compatible avec une utilisation en toute sécurité…

 

Des cheminots nantis… mais pas trop

 

Un arrêt de travail, et voilà que le même argument revient comme un serpent de mer : « cheminots nantis, travaillent peu, empochent des dizaines de primes, partent en retraite à 50 ou 55 ans, bénéficient de la prime de charbon… ». La SNCF disposerait donc, a fortiori, de nombreux arguments pour séduire quelques uns des 6,5 millions de chômeurs que compte la France… Et pourtant… Le Directeur d’un Etablissement Infra Circulation de la région parisienne en est contraint à transformer ses agents en recruteurs pour combler ses postes d’Agents-Circulation. Ceux qui permettront l’embauche effective d’un candidat bénéficieront d’un « bon KDO » d’une valeur de 50 € ! Preuve que l’on ne se bouscule pas au portillon pour bénéficier des pseudos « avantages » des métiers de cheminots. D’autant que si ceux-ci sont loin du portrait qui en est dressé, les contraintes, elles, sont bien réelles : travail en 3X8, y compris certains week-end et jours fériés, assimilation d’une réglementation complexe, ponctualité, rigueur… bonnes conditions physique et psychologique, vérifiées par des examens poussés… le tout pour un salaire bien modique. De quoi bien refroidir les ardeurs de nantis potentiels ! (cliquez ici)

 

 

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